1ere question : Quelles sont les conséquences des élections de 2007 ?
Erwan: « La première c’est l’élection d’une droite décomplexée, avec à sa tête un président populiste et dangereux, qui accélérera la « normalisation » de notre société sur la base de critères à l’anglo-saxonne : l’inégalité comme norme et le profit comme aune de toute activité sociale, de notre petite enfance à notre grande vieillesse. La gauche en sort dans les choux, comme si elle était épuisée face à des ultralibéraux bizarrement ressourcés. Je garde dans la bouche un petit goût amer. Nous les communistes, nous avons manqué d’audace : à vouloir sauver les meubles on a pas vu les murs qui s’effondrent. J’attends du Congrès de décembre qu’en ressortent les fondations d’un communisme pour le XXIème siècle, qui garde ses valeurs, mais propose un projet en phase avec les enjeux de notre siècle : l’économie mondialisée, l’américanisation de nos relations sociales, le réchauffement climatique.. »
Florian: « Bien au delà de la victoire de la droite, c’est l’état de la gauche qui doit nous alarmer. Je n’ose pas penser que des millions de salariés de chômeurs, et plus généralement ceux qui souffrent des politiques menées par l’UMP depuis des années aient adhéré au projet de Sarkozy. Nous les communistes devons analyser ces résultats avec le plus grand sérieux pour donner corps à un projet progressiste novateur, crédible, et combatif pour la gauche. Une gauche qui parle vrai, qui n’hésite pas à rompe avec le capitalisme et qui se donne les moyens de changer la vie. »
Christophe: « C’est désormais l’ultra-droite qui est au pouvoir. Même si le président à une certaine habileté politique c’est à l’ultra-libéralisme qu’il veut adapter la société française, en commençant par réduire la riposte en s’attaquant au droit de grève. A gauche, la défaite est sévère. Le PS a considéré les voix de gauche comme acquise et a fait un pas de plus vers la droite, rendant compatible la présence de socialistes au gouvernement. Pour ce qui nous concerne, il faut regarder les choses en face, nous sommes marginalisés d’un point de vue électoral. La gauche est à reconstruire. Il nous faut maintenant engager une réflexion sur les éléments indissociables que sont le projet politique, la démarche et la structure pour les porter. »
2 eme question : Quelle vision as-tu d’un « avenir révolutionnaire » ?
Erwan : « Pour moi, être communiste c’est forcément agir dans une perspective révolutionnaire. Nos attitudes, nos valeurs, nos raisonnements se nourrissent de cet appel à rompre avec un mode de production bousillant notre planète, nous exploitant et nous brutalisant, colonisant nos vies et nos esprits. Le communisme ne peut pourtant plus être un prêt à porter, un prêt à penser. Construisons ouvertement un nouveau projet qui articule des propositions concrètes pour vivre mieux, un corpus d’idées et de valeurs humanistes, et un horizon utopique comme but à atteindre avec tous ceux qui refusent de vivre dans un monde qui se meurt pour le profit d’une poignée de traîtres à l’humanité. »
Florian: « Même si aujourd’hui les perspectives d’un avenir révolutionnaire semble pour la plupart de nos concitoyens utopiques, je pense au contraire qu’aujourd’hui on peut parler de Révolution comme un changement complet et profond d’un système politique plutôt que comme un changement brusque et violent. C’est ainsi que des réformes structurelles en profondeur sur le long terme peuvent déboucher sur une Révolution, et donc un dépassement du capitalisme. Il me semble que la démocratie réelle doit être le fil rouge de cette transformation de la société. »
Christophe: « L’idée de révolution (démocratique dans ses moyens et ses fins) est toujours d’actualité : jamais autant de richesse n’a été produite et, dans le même temps, jamais les inégalités n’ont été aussi fortes, le changement est aussi vital pour l’humanité, du point de vue écologique. L’enjeu c’est le partage des richesses, des savoirs, des pouvoirs et l’éco-développement. S’il ne s’agit pas de définir préalablement la société idéale, il faut reconstruire un projet de société cohérent, alternatif à l’ultra-libéralisme et au social-libéralisme. Pas un catalogue, mais un projet de notre temps pragmatique, crédible et mobilisateur pour notre peuple. »
3eme question : Quelle utilité des communistes et du PCF ?
Erwan: « L’utilité ne se décrète pas. Elle dépend de notre capacité à faire des propositions, des plus théoriques aux plus opérationnelles, qui s’opposent efficacement aux logiques de marché, qui soient un moyen d’atteindre l’utopie sociale que nous élaborerons en marchant, et qui soient perçues par tous comme une alternative crédible au capitalisme. Des propositions qui puisent dans notre héritage de théories et de luttes, et qui regardent lucidement les points d’appui dans les conditions politiques qui sont les nôtres. Bâtir un tel projet fédérateur doit précéder les questions d’organisation et de stratégie. En tant que secrétaire de section, je suis le garant que chacun dans la section puisse s’exprimer sur ce qu’il attend du Parti, et ces expressions seront recueillies dans un « cahier de doléances ». Avec des copains aussi, en tant que militant, j’ai créé un site ( www.neocommunisme.org ) pour permettre un débat sur un communisme utile au XXIème siècle. »
Florian: « Il me paraît logique que sans force structurée de propositions et d’opposition qui mette en avant les incohérences du capitalisme, la survie d’une alternative aux politiques libérales que nous subissons ne durera pas. Il faut une base théorique et militante solide face aux attaques du capitalisme. C’est pourquoi les écrits de Marx sont à mon sens encore valable aujourd’hui. Je doute qu’au XXIè siècle ce soit bien judicieux de construire le communisme sans Parti Communiste. Chaque pays ayant son histoire pourquoi ne pas construire un Parti Communiste à la Française sans forcément chercher à faire ce qui se passe ailleurs ni occulter les questions de fond ? »
Christophe: « Les communistes ont un rôle important à jouer, avec d’autres. Notre engagement quotidien contre les inégalités aux côtés de notre peuple est essentiel et reconnu, mais notre organisation n’est plus perçue comme porteuse d’avenir. Pour beaucoup, le communisme représente le passé parfois pour le meilleur (1936, la résistance) souvent pour le pire (l’échec des pays de l’est). En 1920, dans les conditions historiques de l’époque, nos aînés ont été capables de rassembler les anti-capitalistes en se donnant un outil : le PCF. Il faut, aujourd’hui, un acte de la même ampleur et bâtir, avec d’autres (de l’extrême gauche unitaire à la gauche du PS et de nombreux citoyens aux engagements diverses) la force de transformation sociale de notre siècle dans lequel le communisme doit subsister dans des formes à déterminer. »